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Face à la Toile : une interview, des pinceaux et des confidences

Le Journal

Face à la Toile : une interview, des pinceaux et des confidences

Il suffit parfois de déplacer une conversation de quelques centimètres pour qu’elle prenne une autre couleur. Au lieu de s’asseoir face à un micro, l’invité de « Face à la Toile » se retrouve devant une surface blanche, un pinceau à la main. Romain Magellan pose ses questions ; pendant que les souvenirs arrivent, des traces apparaissent. J’aime cette idée d’une interview qui ne cherche pas seulement à obtenir des réponses, mais qui laisse aussi quelque chose de visible derrière elle.

Une interview qui se peint en direct

Le principe annoncé par l’émission tient en quelques mots : « 1 invité, 1 toile, 1 heure ». Pendant une conversation filmée pour YouTube, une personnalité réalise une peinture. La chaîne prolonge aussi le rendez-vous sur Instagram et TikTok, où les extraits peuvent faire découvrir l’idée à ceux qui n’auraient jamais lancé un entretien d’une heure. La caméra suit ainsi deux histoires à la fois : celle que l’on raconte avec des mots et celle qui se construit, parfois maladroitement, sur la toile.

Il y a dans ce dispositif quelque chose de rafraîchissant. Les interviews de personnalités sont souvent réglées comme des chorégraphies : une question, une réponse, une anecdote bien placée. Ici, les mains s’occupent ailleurs. On cherche une couleur, on hésite devant une forme, on recommence. Le résultat n’a pas besoin d’être un chef-d’œuvre. C’est même peut-être sa force : l’invité n’est plus seulement quelqu’un qui sait parler de son parcours, mais une personne qui accepte de ne pas tout maîtriser.

Des personnalités derrière le personnage

Romain Magellan a notamment reçu Gaël Fickou, Isabelle Ithurburu, Sébastien Chabal, Margot Laffite et Théo Curin. Des profils connus du sport et des médias, habitués à répondre à des questions, mais pas nécessairement à peindre devant une caméra. L’épisode avec Théo Curin, par exemple, met en regard son récit personnel et une première toile baptisée « Paradoxal ». Ce décalage entre la parole assurée d’une personnalité publique et l’incertitude du geste artistique donne au format sa singularité : on ne regarde plus uniquement un parcours, on assiste à un moment de fabrication.

La toile change la conversation

Peindre tout en parlant peut modifier le rythme d’un échange. Les silences ne ressemblent plus à des vides qu’il faudrait combler : ils deviennent des instants où l’on mélange une couleur ou observe ce qui vient d’apparaître. Le regard n’est pas constamment fixé sur celui qui pose les questions. Cette attention partagée entre la parole et le geste peut aider certaines personnes à se sentir moins exposées. Cela ne garantit pas des confidences, mais crée des conditions différentes de celles d’une interview classique.

Cette liberté de peindre évoque, le temps d’une parenthèse, l’art-thérapie, où la création peut aider à exprimer des émotions autrement que par les mots. Mais « Face à la Toile » n’est pas une séance thérapeutique : c’est une interview originale, où le plaisir de créer accompagne simplement la conversation.

Une toile qui poursuit sa route

Le projet possède une dimension supplémentaire qui me touche : les œuvres réalisées pendant les épisodes ont vocation à être vendues aux enchères au profit d’associations. Le tableau ne reste donc pas un simple accessoire de tournage. Il devient la trace matérielle d’une rencontre et, potentiellement, un geste solidaire. À une époque où tant de contenus disparaissent dans le défilement des écrans, j’aime imaginer qu’une conversation puisse se terminer par un objet imparfait, unique, et capable de servir à quelque chose au-delà de la vidéo. Peut-être que la réussite de « Face à la Toile » se trouve précisément là : rappeler que créer n’est pas réservé aux artistes et qu’une toile blanche peut accueillir bien plus que de la peinture.