Il suffit parfois d’un bruit de pluie, d’un train qui glisse sur l’eau ou d’une créature immobile sous un arbre pour reconnaître l’univers de Hayao Miyazaki. Ses films nous emmènent très loin, mais ils partent souvent de sensations très simples : le vent sur un visage, une maison inconnue, la peur de grandir. C’est peut-être ce qui les rend si touchants. Derrière les créatures fantastiques et les paysages impossibles, on retrouve toujours quelque chose de profondément humain.
Le dessin comme porte d’entrée
Né à Tokyo en 1941, Miyazaki commence sa carrière dans l’animation avant de cofonder le Studio Ghibli en 1985 avec Isao Takahata et le producteur Toshio Suzuki. Ce qui frappe dans son travail, c’est l’attention accordée à tout ce qui pourrait sembler secondaire. Les personnages cuisinent, rangent, marchent, attendent. Les vêtements bougent, l’herbe se couche sous le vent, les machines grincent. Ces gestes minuscules rendent crédibles les univers les plus extraordinaires.


J’aime particulièrement cette façon de ne jamais considérer le décor comme un simple arrière-plan. Dans Mon voisin Totoro, la campagne devient presque un personnage. Dans Le Château ambulant, une construction brinquebalante semble respirer. Le dessin ne sert pas uniquement à représenter le monde : il lui donne un rythme, une humeur, parfois même une mémoire.
L’enfance, sans naïveté
Les jeunes héroïnes de Miyazaki traversent des épreuves qui ne se résolvent pas simplement par un coup de baguette magique. Chihiro doit apprendre à travailler, à observer et à se souvenir de son nom. Kiki découvre que grandir implique aussi le doute et la perte de confiance. Ces personnages avancent sans être invincibles. Leur courage tient souvent à une décision modeste : aider quelqu’un, revenir sur ses pas, faire confiance malgré la peur.

Ses histoires refusent aussi les frontières trop faciles entre les gentils et les méchants. Une créature inquiétante peut devenir attachante ; un adversaire peut révéler une fragilité inattendue. Cette complexité n’empêche jamais l’émerveillement. Au contraire, elle donne au merveilleux une vraie profondeur, comme si l’imagination nous aidait à accepter les contradictions du réel plutôt qu’à les oublier.
La nature et les machines
De Nausicaä de la Vallée du Vent à Princesse Mononoké, la nature n’est jamais seulement un joli paysage. Elle est puissante, blessée, parfois dangereuse, et toujours digne d’attention. Miyazaki aime également les avions, les moteurs et les machines volantes. Cette fascination technique cohabite avec une méfiance profonde envers la guerre et la destruction. Ses films ne cherchent pas à résoudre cette contradiction : ils nous invitent à la regarder en face.



Le Garçon et le Héron, sorti au Japon en 2023, prolonge ce dialogue entre le deuil, la création et les mondes intérieurs. À mes yeux, l’œuvre de Miyazaki rappelle quelque chose d’essentiel : dessiner, ce n’est pas seulement inventer ce qui n’existe pas. C’est aussi apprendre à regarder avec plus d’attention ce qui nous entoure. Et parfois, retrouver pendant quelques instants notre capacité d’enfant à nous émerveiller.



