Il y a des artistes qu’on croit connaître parce qu’on les a vus naître à la télévision. Puis les années passent, et l’on découvre qu’ils ont construit, loin des étiquettes, un univers bien plus vaste. Mosimann est de ceux-là. On se souvient du jeune Quentin vainqueur de la Star Academy en 2008. Aujourd’hui, on retrouve un DJ, un compositeur, un musicien de scène et un homme qui, au micro de France Inter, prend le temps de parler de nos rêves, de nos contradictions et de ce qui nous traverse. Derrière les machines et les lumières, il y a une sensibilité qui mérite qu’on s’y attarde.
Ne pas rester prisonnier d’une victoire
En 2008, Quentin Mosimann remporte la septième saison de la Star Academy. Une victoire peut ouvrir des portes, mais elle peut aussi devenir une étiquette difficile à décoller. Lui choisit de poursuivre une passion qui ne date pas de la télévision : les platines. Il mixait déjà adolescent et ne voit pas son parcours comme une reconversion soudaine. Il est d’abord un musicien qui aime faire dialoguer les sons, les rythmes et les voix. Ce choix l’entraîne vers les clubs, les festivals et une carrière internationale où il se forge peu à peu une identité à part.

Ce qui me touche dans cette trajectoire, c’est la persévérance qu’elle suppose. On imagine volontiers qu’un passage sous les projecteurs suffit à définir une vie. Pourtant, la création demande autre chose : accepter de recommencer, d’apprendre, de ne pas plaire à tout le monde. Mosimann a connu la télévision, les concours, les plateaux et les grandes scènes, sans renoncer à ce plaisir presque enfantin de fabriquer de la musique. Son retour à la Star Academy en 2026, cette fois comme directeur, prend alors une saveur particulière : il revient transmettre ce qu’il a appris, plutôt que rejouer sa propre histoire.
Les mots avant les notes
Sur France Inter, son rendez-vous musical prend parfois une couleur inattendue. Mosimann ne se contente pas d’assembler des sons : il part d’une idée, d’une émotion, d’un questionnement, puis cherche une manière de le faire entendre. Dans ses interventions et ses entretiens, il parle de philosophie sans posture savante, en ramenant les grandes interrogations à des situations que chacun reconnaît. Il ne prétend pas donner des leçons. Il semble plutôt vouloir ouvrir une petite fenêtre sur ce qui nous travaille tous : le temps qui passe, le désir, la peur de rater sa vie ou la nécessité de continuer à rêver. Les mots ne remplacent pas la musique ; ils lui donnent une profondeur supplémentaire.
Dream Track : composer le rêve des autres
Lancé sur les réseaux sociaux en 2024, le concept Dream Track repose sur une idée aussi simple que réjouissante : demander à une personnalité d’imaginer le morceau idéal, puis tenter de lui donner vie. Une référence de cinéma, un souvenir, une ambiance improbable, quelques sons qui ne devraient pas aller ensemble… Mosimann récolte ces fragments et les transforme en composition. Alain Chabat, Pierre Niney ou Bob Sinclar se sont notamment prêtés au jeu. Ce que l’on regarde, ce n’est pas seulement le résultat : c’est le chemin, les essais, les trouvailles et l’instant où des éléments disparates commencent soudain à former une musique.


J’aime particulièrement cette façon de rendre visible un travail souvent caché. Composer, ce n’est pas attendre qu’une mélodie tombe du ciel. C’est écouter, sélectionner, superposer, retirer, recommencer. Mosimann le sait aussi dans son travail pour d’autres interprètes, notamment sa collaboration avec Grand Corps Malade autour de l’album Mesdames. Derrière une chanson que l’on fredonne sans y penser, il y a des choix d’harmonies, de textures, de silences. Avec Dream Track, le studio devient un terrain de jeu ouvert au public. La création cesse d’être un mystère inaccessible : elle redevient une aventure collective.
Sur scène, tout redevient vivant
Et puis il y a le live. Mosimann n’est pas de ces artistes qui se contentent de lancer une succession de morceaux derrière une console. Son univers scénique mêle mix, claviers, percussions, voix et improvisation, avec une énergie qui fait de chaque set une performance à part entière. Dans son spectacle Dream Tour, il inverse même le principe de ses vidéos : après avoir composé le rêve musical des autres, il met en scène le sien. C’est peut-être là que toutes les facettes de son parcours se rejoignent. Le garçon qui aimait déjà mixer, le producteur minutieux, le chroniqueur sensible et l’artiste de scène racontent au fond la même chose : créer, c’est tenter de transformer ce que l’on ressent en quelque chose que les autres pourront partager. Et parfois, il suffit d’un rythme pour que tout le monde se comprenne.



